Production
Actuellement, la majorité de
l'hydrogène est produit à partir de gaz naturel. ce
processus de fabrication n'est néanmoins pas tenable à
long terme en raison des réserves limitées de gaz
naturel, du problème non résolu d'émission de CO2.
Pour produire de l'hydrogène,
plusieurs possibilités sont étudiées, certaines
sont déjà arrivées à maturité
technologique et d'autres sont encore au stade du développement:
- à partir de carburants fossiles
(gaz naturel ou charbon) par vaporeformage, oxydation partielle ou
reformage autotherme. Le carburant privilégié serait le
gaz naturel mais d'autres hydrocarbures sont aussi utilisés, ces
méthodes existent déjà,
- à partir de l'électrolyse de l'eau.
Pour cela, l'électricité utilisée pourrait venir
des énergies renouvelables (éoliennes, hydraulique),
- à partir de biomasse,
- à partir d'algues vertes ou de bactéries,
- à partir du nucléaire, notamment des réacteurs de 4ème génération sensés être prêts en 2030 - 2040.
Trois options se présentent pour l'infrastructure de production:
- Une production centralisée de l'hydrogène suivie d'une distribution aux utilisateurs par pipelines, camions...,
- Une production de l'hydrogène
décentralisée par électrolyse ou par reformage
avec une consommation de l'hydrogène sur site ou à
proximité,
- Une production intégrée dans les
piles à combustible avec un reformage interne à partir de
gaz naturel, méthanol, essence...
Les deux premières options
requièrent la mise en place d'une infrastructure pour le
stockage, le transport et la distribution, la troisième est plus
complexe (surtout pour un reformage embarqué) mais
l'infrastructure de distribution des carburants existe. La mise en
place et surtout le coût de la distribution et du stockage seront
cruciaux pour la viabilité économique des
différentes options.
Dans tous les cas, il n'y a pas une
réponse ou une solution qui sera privilégiée aux
dépends d'une autre. Certaines méthodes sont encore loin
dêtre matures ou viables de façon économique. De
plus, tout dépendra du pays et des ressources
énergétiques domestiques disponibles
considérées. Un pays avec d'abondantes ressources de type
hydro, forêt .. pourra privilgégier la fabrication
d'hydrogène à partir de renouvelables, de même avec
ceux qui auront toujours un parc nucléaire pourront utliser ces
réacteurs. Une chose est néanmoins
à prendre en compte: c'est la quantité d'énergie qu'on doit
utiliser pour produire cet hydrogène ainsi que le rendement
global comparé à celui de méthodes de production
d'électricité comparables.. Autre facteur à
prendre en compte: les émissions de gaz à effet de serre
(ou seulement de CO2)1.
Reformage des Carburants fossiles
La production d'hydrogène à partir de carburants fossiles
est actuellement la plus répandue, mais elle ne constitue pas
une solution à terme puisque tous ces carburants ont une
durée de vie limitée. Elle pourrait constituer une
solution pour le début pour des petites quantités, mais cette technique génère du CO2.
On distingue trois procédés:
- le vaporeformage,
- l'oxydation partielle,
- le reformage autotherme.
Les paragraphes suivants
donnent les bases des techniques de reformage, on peut sinon se
reporter à la page Reformeur.
Le vaporeformage
Le vaporeformage consiste à faire réagir un hydrocarbure
avec de l'eau sous l'action d'un catalyseur. Il est
surtout réalisé avec des hydrocarbures
légers; actuellement il est surtout fait avec du gaz naturel.
Le gaz naturel est composé en majeure partie de méthane,
mais contient aussi du CO2 et du soufre. Ce dernier doit être
d'abord éliminé avec la désulfuration.
Le procédé de vaporeformage se scinde alors en deux
réactions, la première est la réaction du
méthane avec l'eau qui produit du CO et de l'hydrogène,
la seconde est la réaction de Water Gas Shift entre l'eau et le
CO:

La première réaction du
reformage a lieu vers 800-900°C pour une pression de 25 bar, on
obtient alors un gaz riche en CO et en H2 contenant aussi du CO2. Cette réaction est endothermique.
La seconde réaction est due à la nécessité
d'éliminer le CO. Elle est en général
réalisée en deux étapes, les réactions
de High Temperature Shift et de Low Temperature Shift qui
ont lieu vers 400 et 200°C respectivement. Ces réactions
sont légèrement exothermiques. On obtient alors un gaz
contenant essentiellement H2, CO2, H2O, un peu de CO, de CH4.
Cette étape est suivie d'une ultime purification du gaz. Il y a deux procédés possibles.
- La
Pressure Swing Adsorption (PSA) permet d'obtenir de l'hydrogène
pur à 99,9999%. On peut aussi purifier avec des
procédés cryogéniques, soit par refroidissement
dans des échangeurs et condensation de CO ce qui permet
d'obtenir H2 avec 2 à 5 % de CO, soit par méthanation.
- La Méthanation.
Cette technique consiste à faire réagir le CO et le CO2
en formant du méthane. Dans ce cas, on élimine d'abord
une grande partie du CO2
en le faisant réagir avec une solution d'hydroxyde de Sodium
(NaOH): le CO2 se dissout alors sous forme d'ions carbonates et il n'en reste plus que 0.005 à 0.1% en volume. Le CO et
le CO2 restant réagissent ensuite avec H2 en formant du
méthane, ce qui permet d'obtenir des concentrations finales de 0.001%.
Principe du Vaporeformage
Ces procédés sont mûrs techniquement, des unités produisant de 20 à 100.000 m3/h
existent déjà. Le prix de l'hydrogène produit
dépend du prix du gaz naturel et des coûts
d'investissement (Capital Cost). Pour les petites installations, les
coûts les plus importants seront les coûts
d'investissement, la part des prix liés au carburant augmente
pour les grosses installations. Vu les fluctuations sur le prix du gaz
naturel, c'est un facteur à ne pas négliger.
L'oxydation partielle
L'oxydation partielle consiste en une réaction entre un
carburant
(gaz naturel, hydrocarbures légers, voire le charbon) avec
l'oxygène, suivie ici encore d'une purification du gaz en raison
du monoxyde
de carbone CO. Elle peut être réalisée avec des
hydrocarbures plus lourds que pour le vaporeformage; en revanche,
comme pour le vaporeformage, le carburant doit aussi
être purifié: il doit d'abord être
débarrassé du soufre - ce qui peut être fait avant
ou après la première réaction d'oxydation, puis du
CO2 et du CO. Ce procédé est arrivé à
maturité.
La première réaction - celle d'oxydation - a
généralement lieu à plus haute température
(1200 à 1500°C) et pression (20 à 90 bars); elle est
exothermique.
Elle
est ensuite suivie des réactions de Water Gas Shift et
des techniques d'ultime purification. Globalement, la
réaction est exothermique.
Le reformage autotherme
Le reformage autotherme est une
combinaison des deux procédés précédents
puisque le carburant est mélangé avec de l'air et de
l'eau. L'oxydation partielle est exothermique et la chaleur
dégagée permet de fournir de la chaleur au vaporeformage
qui est une réaction endothermique. Au total on n'a donc pas
besoin d'apport de chaleur. Le mélange produit doit être
purifié du CO grâce aux réactions de Water Gas
Shift et aux techniques d'ultime purification. Ce procédé permet d'atteindre une très
bonne efficacité et peut être utilisé pour
plusieurs carburants: le gaz naturel, le méthanol ou des
hydrocarbures. C'est ce procédé qui est envisagé
dans les applications automobiles pour un reformage embarqué.
Autres procédés:
Parmi les autres procédés, on peut citer:
- La gazéification du charbon:
cette technique fut la source principale de H2 avant le reformage, mais
n'est plus utilisée actuellement, sauf en Afrique du Sud ou en
Chine. Elle n'est compétitive que là où le
pétrole et le gaz sont chers. Néanmoins, cette technique
gagne de plus en plus d'importance: elle permet de produire de
l'électricité et des sous produits comme
l'hydrogène. Le principe est le suivant: on mélange le
charbon à de l'eau et de l'air à 1000°C et sous haute
pression, et on obtient un gaz contenant en majorité du CO et de
l'hydrogène. On peut alors séparer H2 et CO des autres
impuretés. Le CO est éliminé par Water Gas Shift,
le CO2 est séparé du reste et pourra être
stocké (Carbon sequestration). Le rendement électrique
serait de 45 % dans un premier temps et pourrait aller jusque 60% dans
le futur.
- Le procédé Kværner: depuis les
années 80, la société Kvaerner Engineering
(Norvège) obtient de l'hydrogène à partir de
méthane (voire d'hydrocarbures). Le procédé
à arc à plasma nécessite de
l'électricité, sa température est de 1600°C
mais il ne produit aucune émission de CO2. Depuis 1992, une
usine pilote produit 200 Nm3/h d'hydrogène à partir de
1000 Nm3/h de méthane et de 2100 kW. Les seuls autres produits
sont du charbon et de la vapeur qui peut être
réutilisée.
Electrolyse de l'eau
On parle souvent de l'électrolyse de l'eau comme un moyen de
production d'hydrogène à long terme; cette ressource
étant a priori illimitée et cette technique ne produisant
pas de CO2.
Cela permettrait de stocker l'électricité
sous forme chimique et de réutiliser plus tard
l'hydrogène. Cette technique est déjà utilisée mais ne
représente qu'une part infime de la production actuelle.
Il sera nécessaire de faire
une analyse à la fois économique mais aussi
énergétique et
environnementale portant sur tout le cycle de vie, et ce pour
évaluer
les coûts de production de l'hydrogène et l'impact sur
l'environnement.
Ces résultats dépendront largement du type
d'électricité utilisée et de
son coût. Pour que le procédé soit rentable, il
faut une électricité à faible coût. Mais
l'intérêt est aussi la production sur place supprimant tout
problème de transport.
Production et utilisation d'hydrogène produit à partir d'énergies renouvelables
On pourrait ainsi utiliser
l'électricité produite à partir d'énergies
renouvelables: cela serait
intéressant dans la mesure où la production
d'électricité par ce moyen n'est pas vraiment
simultanée par rapport aux besoins. L'autre possibilité
est
d'utiliser l'électricité produite par des centrales
nucléaires (notamment pendant les heures creuses).
Energie solaire
On
distingue dans l'énergie solaire le solaire thermique et le solaire
photovoltaique. Le premier n'est pas intéressant dans l'optique qui nous
intéresse (trop bas niveau de température pour le thermique classique, cher dans
le cas du thermique "haute température"). En revanche, le photovoltaique permet
de produire de l'électricité. Cette technique dépend encore des progrès
technologiques et de diminution de coût à faire dans la fabrication des
cellules.
Energie éolienne
L'énergie
éolienne est actuellement en plein développement en Europe: en Allemagne, en
France...L'Allemagne est largement en tête en Europe avec plus de 16 GW
installés en 2005 (environ la moitié de la capacité en Europe). Les plus grosses
éoliennes ont une puissance autour de 1 à 2,5 MW. Des systèmes ont été proposés
qui conjuguent une éolienne alimentant des habitations en électrcité, fabricant
de l'hydrogène par électrolyse quand la production est supérieure à la demande
et alimentant le village en électricité générée par une pile dans le cas
inverse. C'est une idée qui fait son chemin, puisqu'elle est envisagée par la
Norvège pour une petite île et est envisagée par le Danemark (sans aucun
engagement).
Hydraulique
L'hydraulique
est l'énergie renouvelable la plus économique, mais tous les pays ne sont pas
égaux. En France, elle représente environ 17% de l'électricité produite, mais
cette capacité arrive à saturation. En revanche, d'immenses réserves existent en
Amérique du Sud et en Asie.
Réaction
Si on considère la réaction, elle est le contraire de
celle qui se passe dans la pile. Il faut de l'eau très pure
(déionisée) pour éviter que les impuretés
perturbent le fonctionnement de l'électrolyse. Typiquement, la
cellule d’électrolyse est constituée de deux
électrodes (cathode et anode), d'un électrolyte et un
générateur de courant. L’électrolyte peut
être une solution alcaline, une membrane polymère échangeuse de protons
(du type de celles utilisées pour les PEMFC) pour une électrolyse basse température ou une membrane
céramique conductrice d’ions oxygène pour une électrolyse haute température.
Electrolyse basse température
Cette électrolyse est
réalisée à des températures d'environ
80°C; le procédé est mature. On peut utiliser deux
types d'électrolytes: une solution alcaline (NaOH, KOH) ou une
membrane polymère échangeuse de protons
(cf. PEMFC)
Dans le cas d'une solution alcaline, on a les réactions suivantes:
A l'anode:

A la cathode:

Dans le cas d'une membrane échangeuse de protons:
A l'anode, l'eau se dissocie en oxygène et en protons. Les électrons partent dans le circuit.
A la cathode, les protons,
passés à travers la membrane, se recombinent avec les
électrons pour donner l'hydrogène.
Ces réactions sont l'inverse de
celles de la pile. Sous apport du courant, l'eau est dissociée
en hydrogène et oxygène. Il est nécessaire
d'apporter de l'énergie électrique puisque l'enthalpie de
dissociation de l’eau est de 285kJ/mole. Cela correspond à
un potentiel théorique de 1.481 V à 25°C, mais en
pratique on a plutôt des potentiels entre 1.7 à 2.3
V.
Des constructeurs ont
développé de petites unités de production
d'hydrogène par électrolyse basse température
(0-500 Nm3/h).
Electrolyse haute température
L'électrolyse haute température est
réalisée à des températures entre 700 et
1000°C, mais on utilise dans ce cas une membrane
céramique conductrice d’ions oxygène (cf. SOFC).
Les réactions sont donc différentes de celles de
l'électrolyse basse température car ce sont les ions
oxygène qui circulent à travers la membrane:

L'une des principales
difficultés vient des matériaux qui doivent
résister à plusieurs cycles aux hautes
températures. L'intérêt de la haute
température est que l'énergie électrique à
fournir diminue quand la température augmente, néanmoins
la chaleur requise pour chauffer l'eau augmente également. Il
faut donc coupler le cycle de l'eau avec une source de chaleur. C'est ici que le nucléaire dit de
4ème
génération pourraient intervenir, puisqu'ils
permettraient de fournir à la fois l'électricité
et la chaleur requise. Mais on peut utiliser de
l'électricité venant d'autres sources; dans ce cas
là l'eau est amenée dans l'électrolyseur à
une température inférieure à celle requise mais
est y réchauffée par l'énergie dissipée par
effet Joule: ce fonctionnement est dit autothermique.
Les réacteurs nucléaires dits de
4ème génération sont déjà à l'étude. Plus
sûrs, ils devront aussi permettre de consommer moins de
combustible nucléaire, produire moins de déchets mais
également produire autre chose que de
l'électricité: de l'hydrogène et dessaler l'eau de
mer. On parle de rendements de l'ordre de 50 %. Peu de pays (10 en
tout) travaillent actuellement sur cette technologie, la France, les
USA, le Japon, l'Argentine, le Brésil, Canada, Corée du
Sud, Afrique du Sud, Suisse, Royaume-Uni. Il existe en tout 6
technologies: un réacteur à neutrons rapides refroidi au
sodium liquide, par un alliage de plomb liquide, par du gaz, un
réacteur refroidi avec de l'eau supercritique, un
réacteur à gaz à très haute
température, et un réacteur à sels fondus. Le CEA
a retenu en particulier le réacteur à gaz à haute
température soit 1100°C (VHTR). Le Japon et les USA s'intéressent au
système refroidi au sodium. Néanmoins, cette technologie
ne serait commercialement disponible que vers 2030-2040...
Les cycles cycles thermochimiques
Moins
connus que les autres procédés, ces cycles consistent en
une suite de réactions chimiques aboutissant à la
dissociation de l'eau avec recyclage des réactifs
intermédiaires. Il existe notamment le cycle Iode-Soufre, le
cycle Brome-Soufre et le cycle de Westinghouse. Alors que le cycle Iode Soufre
est purement thermochimique, les deux autres incluent une
électrolyse, d'où une limitation de rendement. Le cycle
Iode Soufre est en revanche assez complexe du point de vue chimique
avec l'utilisation d'iode et une importante re-circulation des
réactifs.

Cycle Iode Soufre
Biomasse
La biomasse - elle aussi une énergie renouvelable - peut aussi
permettre de produire de l'hydrogène, mais aucun
procédé n'est encore mûr techniquement. On peut
penser à la biomasse pour produire de
l'électricité qui permettra ensuite de produire
l'hydrogène par électrolyse. Plusieurs méthodes
existent actuellement:
- transformation en alcool (éthanol, méthanol) ou méthane suivi de reformage,
- thermolyse et gazéification de la biomasse suivi de reformage,
La fermentation de la biomasse permet de produire une solution
alcoolisés, dont on pourra ensuite obtenir après
distillation du méthanol ou de l'éthanol. Un autre type
de fermentation (anaérobie) permet d'obtenir du biogaz contenant
essentiellement du méthane et du CO2. Ceux ci peuvent être
ensuite reformés suivant les procédés vus ci
dessus.
Dans le cas de la gazéification de la biomasse, on va d'abord
faire sécher la biomasse, puis la thermolyser à
600°C. On la fait réagir vers 1000°C avec de l'air ou de
l'eau (reformage), enfin on élimine les impuretés. De
là, on obtient un gaz riche en H2 et CO, que l'on peut utiliser
directement pour produire de l'électricité, purifier pour
en extraire H2,
ou transformer en méthanol .. C'est un
procédé qui est faisable mais nécessite dees
améliorations: tout d'abord au niveau de la matière
première - type de biomasse, comment la collecter, la stocker
avec les problématiques inhérentes de logistique et de
coût. De plus, il faut optimiser le procédé
de gazéification en lui même.
Algues vertes et bactéries
Une autre possibilité réside dans les algues vertes. En
effet, au cours de la photosynthèse, les plantes vertes
dissocient l'eau en hydrogène et oxygène.
L'hydrogène sera combiné au CO2 pour construire des
tissus végétaux tandis que l'oxygène est
libéré dans l'atmosphère. Ce type de
procédé pourrait être au point techniquement d'ici
2 ans, et sur le marché d'ici 5 à 8 ans.
1De nombreuses analyses
sont réalisées sur le calcul des émissions et des
rendements globaux. Je ne citerai pas de résultat ici, car cela
impose de bien donner toutes les hypothèses prises en compte.